Friday, November 08, 2013

j'ai compris que c'était toujours moi que je cherchais dans les femmes que j'aimais

« Marie, supposons que deux pompiers entrent dans une forêt pour éteindre un petit incendie. À la fin, quand ils en sortent, ils vont au bord d'un ruisseau, l'un a le visage tout couvert de cendres, et l'autre est d'une propreté immaculée. Je demande : lequel des deux va se laver le visage?

- C'est une question idiote : il est évident que ce sera celui qui est couvert de cendres. 

- Faux : celui dont le visage est sales va regarder l'autre et penser qu'il est dans le même état. Et vice versa : celui qui a le visage propre va voir que son compagnon a de la suie partout, et il se dira : "Je dois être sale moi aussi, l'ai besoin de me laver."

- Que veux-tu dire?

- Je veux dire que pendant mon séjour à l’hôpital j'ai compris que c'était toujours moi que je cherchais dans les femmes que j'aimais. Je regardais leurs beaux visages propres et je me voyais reflété en elles. De leur côté, elles me regardaient, voyaient les cendres qui recouvraient ma face, et malgré toute leur intelligence et leur assurance, elles finissaient aussi par se voir reflétées en moi et se croire pires qu'elles n'étaient. Il ne faut pas que cela t'arrive, je t'en prie. »

J'aurais aimé ajouter que c'était ce qui s'était passé avec Esther. Et je l'ai compris seulement quand je me suis rappelé les changements dans son regard. J'absorbais toujours sa lumière, cette énergie qui me rendait heureux, sûr de moi, capable d'aller de l'avant. Elle me regardait, se sentait laide, diminuée, parce qu'à mesure que les années passaient, ma carrière - cette carrière qu'elle avait tant aidée à devenir réalité - faisait passer notre relations au second plan. 

Ainsi, pour la revoir, j'avais besoin que mon visage soit propre que le sien. Avant de la rencontrer, je devais me rencontrer. 


Extraits de Paul Coelho « Le Zahir »

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